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lubies et obsessions d'un âne debout

Mes lubies et mes obsessions, au gré de mes humeurs et de l'air du temps.

Bison ravi

Publié le 4 Août 2010 par âne debout in hommage

boris-vianEn 1965 - j’étais en terminale - j’ai assisté à une représentation théâtrale qui m’a bouleversé : Les Bâtisseurs d’Empire, pièce de Boris Vian. Je crois me souvenir que c’était joué par La Comédie de l’Ouest. Je n’avais jamais entendu parler de cet auteur.

 

En pension chez les curés, nous allions de temps en temps au théâtre à l’extérieur du lycée (à l’époque on disait collège), mais en règle générale c’était pour voir des œuvres du répertoire classique. Surtout ne pas s’éloigner des lignes tracées. Ne pas se risquer vers des choses pouvant nous subvertir. Il faut savoir qu’en première on étudiait Baudelaire, parce qu’il était au programme, mais on n’avait pas le droit d’avoir le recueil complet Les Fleurs du Mal. Non, on devait se contenter des quelques œuvres insignifiantes figurant au Lagarde et Michard ou au Bordas.

 

Mais déjà la contestation pointait. L’autorité était de plus en plus mise en question et les adultes commençaient à être contraints de lâcher du lest. Mai 68 se préparait doucement, lentement, inexorablement.

 

Donc, en avant pour Les Bâtisseur d’Empire. Le programme qui nous avait été distribué nous parlait de Boris Vian en reprenant des extraits de son autobiographie :

 

Je suis né par hasard, le 10 mars 1920 à la porte d'une maternité, fermée pour cause de grève sur le tas. Ma mère, enceinte des œuvres de Paul Claudel (c'est depuis ce temps-là que je ne peux plus le blairer), en était au treizième mois et ne pouvait attendre le Concordat.

Un saint homme de prêtre qui passait par là me ramassa et me reposa : j'étais effectivement très laid (de cette époque date cependant ma goupillonophobie bien connue).

Par bonheur, une louve affamée […] me prit sous son élytre et me donna à boire.

Je grandis en force et en sagesse, mais je restais toujours aussi laid quoique orné d'un système pileux discontinu, mais toujours très développé. En fait, j’avais la tête de la Victoire de Samothrace.

[…] Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir.

Tout d'un coup, ma physionomie se transforma, et je me mis à ressembler à Boris Vian, d'où mon nom.

[…] Le reste appartient à l'histoire.

[…] J'ai eu une vie mouvementée, mais je suis prêt à recommencer.

 

Même ça, même ce petit texte, qui aujourd’hui nous parait anodin, tranchait vivement sur le fond de notre paysage littéraire. C’était neuf, frais, déroutant. Quasiment, j’ose le mot, révolutionnaire.

 

Le pitch de la pièce (à l'époque on disait "l'argument") : une famille dont l’environnement immédiat rétrécie et se dépouille à mesure qu’elle déménage, chassée par un mystérieux bruit venant de l’extérieur.

 

Jamais je n’avait assisté à un spectacle si décalé par rapport aux pièces classiques auxquelles jusqu’alors on m’avait cantonné. Vous n’imaginez pas comment un tel style pouvait me bouleverser (j’avais 17 ans). Jamais on ne m’avait laissé même entrevoir que ça pouvait exister.

 

Je suis très vite devenu un spécialiste de Boris Vian. J’ai recherché systématiquement tout ce qui existait de et sur Boris Vian : articles, revues, poèmes, romans, chansons, théâtre, tout tout tout. Et internet n’existait pas.

 

J’ai cassé les pieds à mon entourage avec ma folie Boris Vian. D’ailleurs, ma batave cousine vient de me le rappeler : « Merci pour Léo Ferré. J’attends avec impatience quelque chose sur Boris Vian que tu m’avais fait découvrir il y a très longtemps…. ». Voila voila Anne-Marie, tes désirs sont des ordres.

 

Et un poème pour faire bonne mesure :

 

 locomotive-6060.jpg

Elle serait là, si lourde
Avec son ventre de fer
Et ses volants de laiton
Ses tubes d'eau et de fièvre
Elle courrait sur ses rails
Comme la mort à la guerre
Comme l'ombre dans les yeux
Il y a tant de travail
Tant et tant de coups de lime
Tant de peine et de douleurs
Tant de colère et d'ardeur
Et il y a tant d'années
Tant de visions entassées
De volonté ramassée
De blessures et d'orgueils
Métal arraché au sol
Martyrisé par la flamme
Plié, tourmenté, crevé
Tordu en forme de rêve
Il y a la sueur des âges
Enfermée dans cette cage
Dix et cent mille ans d'attente
Et de gaucherie vaincue
S'il restait
Un oiseau
Et une locomotive
Et moi seul dans le désert
Avec l'oiseau et le chose
Et si l'on disait choisis
Que ferais-je, que ferais-je
Il aurait un bec menu
Comme il sied aux conirostres
Deux boutons brillants aux yeux
Un petit ventre dodu
Je le tiendrais dans ma main
Et son coeur battrait si vite...
Tout autour, la fin du monde
En deux cent douze épisodes
Il aurait des plumes grises
Un peu de rouille au bréchet
Et ses fines pattes séches
Aiguilles gainées de peau
Allons, que garderez vous
Car il faut que tout périsse
Mais pour vos loyaux services
On vous laisse conserver
Un unique échantillon
Comotive ou zoizillon
Tout reprendre à son début
Tous ces lourds secrets perdus
Toute science abattue
Si je laisse la machine
Mais ses plumes sont si fines
Et son coeur battrait si vite
Que je garderais l'oiseau.

Boris Vian

 

Commenter cet article

âne debout 05/08/2010 20:56


Juste des trucs trouvés sur goût gueule.


Anne-Marie 05/08/2010 19:37


Il parle hollandais le cousin?


âne debout 05/08/2010 17:45


Graag gedaan.


Anne-Marie 04/08/2010 23:50


MERCI

Anne-Marie