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lubies et obsessions d'un âne debout

Mes lubies et mes obsessions, au gré de mes humeurs et de l'air du temps.

Comment va le bâtiment (1)

Publié le 3 Juillet 2010 par âne debout in témoignage

Voici quelques années, j'étais encore en activité, j'ai éprouvé le besoin d'écrire un témoignage sur mon expérience d'entrepreneur du bâtiment. J'avais prévu une dizaine de chapitres. J'en ai écrits un peu moins et ça m'étonnerait, maintenant que je suis passé à autre chose, ça m'étonnerait que je me remette à l'ouvrage.

Je publierai peu à peu ici les quelques chapitres écrits.

 

 

 

 

 

persan Avant propos

 

 

 

 

 

 

En 1996, j’ai créé mon entreprise. J’avais 47 ans.

Cette idée me trottait dans la tête depuis quelques années.

Jusqu’à cet âge, après diverses expériences dans divers emplois plus ou moins en rapport avec ma formation, j’avais été pendant 21 ans commercial dans le bâtiment, ce qui ne correspondait d’ailleurs pas du tout à ladite formation.

Après mon bac philo, je me suis inscrit à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, en psychologie. C’était en 1966. Ca m’a passionné mais je n’avais pas de perspective bien précise. En tous cas, je me suis bien amusé.

Voulant entrer dans la vie active et commencer à gagner un peu ma vie, je suis devenu enseignant. Maître auxiliaire. Je ne sais pas si ce statut existe toujours mais à l’époque il voulait dire que l’on n’était pas titulaire et que, sauf si l’on était examiné par l’inspecteur et que l’on obtenait une bonne note, on n’était pas sûr de faire carrière. J’enseignais le français dans un collège technique de filles. Hé oui ! C’était au temps ou les collèges n’étaient pas mixtes. C’était un établissement privé dépendant de l’enseignement diocésain. Catholique donc. J’avais 21 ans, 7 classes, environ 150 élèves et les plus âgées de mes élèves avaient 20 ans. La distinction entre collège et lycée n’était pas la même qu’aujourd’hui.

            Ce n’est pas le sujet de ce témoignage et rassurez-vous, je ne vais pas vous raconter ma vie. Si j’en parle, c’est simplement pour faire un tour rapide du parcours qui m’a conduit à créer cette entreprise.

Ensuite, il a bien fallu faire mon service militaire. Toutes les offres d’emploi de l’époque contenaient cette mention : « libéré des obligations militaires ». Je m’en suis donc libéré. Non sans mal mais je m’en suis libéré.

Dans l’insouciance de ma jeunesse, je suis rentré de cette période sans avoir préparé ma réinsertion dans la vie active. Pas un problème, me direz-vous, du boulot il y en avait pour tout le monde. C’est vrai. J’ai quand même pointé 2 mois à l’A.N.P.E. Je me suis marié chômeur mais avec un contrat en poche pour commencer la semaine suivante.

Après 2 ou 3 années occupées à chercher ma voie, je suis entré, par hasard, dans la vente. Je vendais des produits pour le bâtiment : du verre, de l’isolation, de la peinture, des menuiseries et, on en reparlera plus loin, des dalles et des ossatures métalliques pour plafonds suspendus. Je visitais les entreprises pour le compte d’un négoce. Ca m’a énormément plu.

Drôle de point de chute après des études de philo et psycho ! Je dois vous dire que mon père était menuisier et charpentier. Dès que j’ai su marcher, je passais beaucoup de temps dans l’atelier à fabriquer des épées, des pistolets, des échasses, des caisses et toutes sortes d’objets en bois. Plus grand, pendant les vacances scolaires, j’accompagnais les ouvriers sur les chantiers. Si bien que je connaissais le bâtiment, la technique, les termes de menuiserie et de charpente.

Au delà de mon intérêt pour les produits que j’avais à vendre et pour le domaine d’activité dans lequel j’évoluais, ce qui me plaisait le plus, je dois l’avouer, c’était la sensation de liberté que j’éprouvais dans mes déplacements professionnels. Aller de client en client, sans le patron sur le dos, en organisant moi-même mes tournées, me procurait un plaisir immense et je compris très rapidement que c’était mon métier.

Puis mon rayon d’action m’a paru exigu. Je parle du secteur géographique. J’enviais les représentants d’usine, avec lesquels je tournais de temps en temps pour apprendre et présenter à la clientèle de nouveaux produits, qui partaient pour la semaine sur leur secteur. Je savais que je passerais un jour de la tournée d’une journée à la tournée d’une semaine. C’est ce que j’ai fait.

Je suis devenu représentant d’usine. Mon secteur : une région, la Bretagne. Mes clients : les grossistes, les négoces en bois, panneaux et matériaux. De plus, ce qui ne faisait pas partie de mon travail précédent, je devais visiter et convaincre les prescripteurs, architectes et maîtres d’œuvre. J’organisais des réunions de représentants de négoce pour les informer sur mes produits et les inciter à les vendre. Je retrouvais là ce que j’avais perdu en quittant l’enseignement.

Plus tard, j’ai tenu le même rôle pour un autre fabricant mais sur un plus grand secteur : 10 départements. C’est à ce poste que j’ai renoué contact avec les plafonds suspendus. Je suis donc revenu à mes premières amours. Et j’y suis toujours fidèle puisque l’entreprise que j’ai créée est spécialisée dans la mise en œuvre de plafonds suspendus.

Je connaissais le bâtiment, la technique de mise en œuvre des plafonds suspendus. Je savais calculer un prix d’achat, un prix de revient, un prix de vente. Je savais diriger une équipe (j’avais terminé ma carrière de commercial en tant que chef de ventes). J’ai appris la gestion d’une entreprise, découvert l’aspect rébarbatif du travail administratif et je m’en suis accommodé. Mais je ne connaissais pas les usages du bâtiment.

Tel Usbek et Rica, les Persans de Montesquieu découvrant la France, j’ai alors découvert un monde et des coutumes qui me parurent étranges, un univers surprenant que vous n’imaginez pas si vous n’en faites pas partie, avec ses différents acteurs, sa hiérarchie, ses règles et usages dont l’origine ou la justification m’échappent encore aujourd’hui. J’ai posé des questions. Mes questions ont surpris mes interlocuteurs. Tous connaissaient le métier. Ils avaient toujours fait avec ces usages et règlements. Ils ne comprenaient pas ma réaction ni mes réticences. Je n’ai pas obtenu de réponses ou des réponses insatisfaisantes.

Je suis devenu un Persan dans le bâtiment.

Je me suis plaint, révolté quelquefois. Ces règles, je les ai parfois refusées ou, plus exactement, je me suis retiré du jeu. La partie a alors continué sans moi. On se plie, on se soumet, on accepte ou on ne joue plus.

J’énumère pêle-mêle :

- l’obtention des pièces : dossiers et plans

- le compte prorata

- les travaux supplémentaires

- les délais de paiement

- la caisse de congés payés

- le planning des travaux

- les pénalités de retard

- la retenue de garantie

- les modifications en cours de chantier

- les documents du marché

Il faut bien que l’acte de construire, qui met en relation les intervenants très divers que sont le maître d’ouvrage, le maître d’œuvre, le coordinateur de travaux, le coordinateur SPS (sécurité et protection de la santé), le contrôleur technique, les entreprises de gros œuvre, second œuvre et finitions, il faut bien que tout cela soit organisé, planifié, surveillé et contrôlé. Il le faut bien.

Il faut bien savoir combien coûte chaque prestation, qui doit s’en charger, qui paie, quand doit-il payer. Il le faut bien.

Mon objectif n’est pas de remettre en cause l’organisation de la construction. Je veux simplement mettre en évidence quelques particularités, aberrantes à mes yeux, de cette organisation. Aussi bien à l’usage des non initiés que des gens du bâtiment qui, le nez dans le guidon, sur leur lancée, ne se posent plus la question de savoir si c’est normal et si l’on pourrait faire autrement. Le « on a toujours fait comme ça » ne me satisfait pas. D’abord, rien ne le prouve. Ensuite, cela n’empêche pas de se poser la question : « pourquoi fait-on comme ça ? ». A l’instar de Montesquieu, toute modestie gardée, je veux pointer les absurdités et les aberrations d’un système qui, par habitude, n’est pas remis en cause.

Les rapports de force ont probablement évolué au cours du temps et les compromis acceptés par les uns ou les autres, tous les partenaires de la construction, sont certainement le reflet de ces fluctuations. Je suppose que la loi de l’offre et de la demande a fait que, au cours des époques, les vendeurs ou les acheteurs ont voulu profiter des périodes ou la situation leur était favorable pour formaliser des règles.

La situation n’a pas dû être souvent favorable aux entreprises de construction ou alors elles se sont très mal défendues. Quoiqu’il en soit, aujourd’hui, et pour faire bref, je dirais que l’entreprise de construction, quelque soit sa spécialité, est le dindon de la farce. Nous avons énormément de devoirs et très peu de droits. Les acheteurs sont en position de force.

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Gwenn 05/07/2010 23:16


Vivement la suite !