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lubies et obsessions d'un âne debout

Mes lubies et mes obsessions, au gré de mes humeurs et de l'air du temps.

Comment va le bâtiment (2)

Publié le 21 Juillet 2010 par âne debout in témoignage

 

 Voici quelques années, j'étais encore en activité, j'ai éprouvé le besoin d'écrire un témoignage sur mon expérience d'entrepreneur du bâtiment. J'avais prévu une dizaine de chapitres. J'en ai écrits un peu moins et ça m'étonnerait, maintenant que je suis passé à autre chose, ça m'étonnerait que je me remette à l'ouvrage.

Je publierai peu à peu ici les quelques chapitres écrits.

 

 

dossiersA titre onéreux

 

 

 

 

 

 

- Pourriez-vous me faire parvenir un devis pour un plafond suspendu dans mon bureau ?

- Bien sûr. Avez-vous un plan ?

- Oui. Je vous l’envoie.

       Voila tout brut un type courant de début de relation avec un éventuel futur client. J’ai abrégé évidemment. En réalité je suis amené à lui poser quelques questions :

-      Quel type de plafond souhaitez-vous ?

-      Quelle est la nature du support ?

-      Quel est l’entraxe de ce support ?

-      Faut-il prévoir une isolation thermique ?

-      Le local sera-t-il libre ?

Quand ça se passe ainsi, rien d’anormal. Quelque soit votre projet d’achat, vous vous comportez de cette manière. Si vous voulez acquérir une nouvelle voiture, vous faites le tour des garages, vous vous documentez et vous informez sur les prix. Si vous désirez changer vos meubles, la démarche est la même.

Après une telle demande, j’établis un devis et s’en suit une démarche commerciale normale de relance, discussion, comparaison avec les offres concurrentes jusqu’à l’aboutissement qui, si j’ai bien travaillé, est la commande.

       Hé bien, ça se passe souvent différemment. La plupart du temps, je reçois un avis d’un maître d’œuvre, par fax ou courriel, me proposant un dossier dans le but d’établir un devis. Si l’affaire m’intéresse, je devrai acheter le dossier à un imprimeur tireur de plan. Un dossier de consultation des entreprises (DCE) contient un certain nombre de pièces nécessaires pour chiffrer les prestations demandées à chaque corps d’état : les plans, le descriptif des travaux (CCTP), les clauses administratives (CCAP), le planning, le plan de sécurité (PGCSPS) etc. Les prix sont très variables, imposés et non remboursés par le client final. En somme, je dois payer le droit de faire un devis qui, lui, sera gratuit.

       Ce n’est pas rien de faire un devis. Cela peut représenter des heures de travail : je dois découvrir le CCTP, le descriptif des travaux demandés ; je dois, souvent, calculer les métrés, les surfaces à traiter ; je dois consulter les fournisseurs pour connaître les prix des produits demandés ; je dois calculer le pourcentage de perte pour chaque élément de l’ouvrage ; je dois estimer le temps de main d’œuvre nécessaire à la réalisation de chaque ouvrage.

       Tout ce travail, je dois le faire gratuitement, sans certitude d’obtenir la commande. Entendons nous bien, je ne discute pas la gratuité du devis. Je dis seulement que, si vous voulez une étude chiffrée des travaux que vous envisagez, la moindre des choses est de fournir les éléments nécessaires à cette étude. Si vous voulez trois devis de trois entreprises différentes afin de faire jouer à fond la concurrence, vous en avez le droit. Mais c’est à vous de fournir le dossier à ces trois entreprises. Si ça ne vous coûte rien, pourquoi vous arrêter à trois ? Pourquoi pas dix ou vingt ou plus ?

       A plusieurs reprises j’ai contesté, auprès de maîtres d’œuvre me proposant un dossier, le fait qu’il faille l’acheter à l’atelier de reprographie. Chaque fois, ma réticence a surpris mon interlocuteur :

- Il faut bien payer l’imprimeur !

- Oui il faut bien payer l’imprimeur. Mais est-ce à moi de le faire ?

- Vous rendez-vous compte, le coût pour le client s’il devait payer tous les dossiers pour toutes les entreprises ?

- Vous rendez-vous compte, le coût pour moi qui dois payer tous les dossiers pour tous les chantiers ?

- Mais vous reportez ce coût dans votre prix de vente.

- Bien sûr. Et si je n’ai pas la commande, qui me le rembourse ? Et si j’ai la commande, c’est bien le client qui paiera au bout du compte. Alors, pourquoi ne paierait-il pas en amont ?

- On a toujours fait comme ça. Maintenant c’est vous qui voyez.

       Voilà ! La phrase ultime. La phrase qui met fin à la discussion. La phrase qui vous dit : « Ce sont les règles du jeu. Si vous ne les acceptez pas, vous ne jouerez pas. Le jeu continuera sans vous. »

       Un jour, j’ai reçu d’un maître d’œuvre un avis de consultation qui ne précisait pas que le dossier s’obtenait à titre onéreux. Je l’ai commandé et l’ai reçu avec la facture de l’imprimeur. Je l’ai réglée, ai fait mon devis et envoyé ce devis au maître d’œuvre avec une facture pour l’établissement de mon devis. Cette facture était, bien entendu, du même montant que la facture du dossier. Mon objectif était de faire réagir le maître d’œuvre et d’avoir avec lui une discussion où je lui dirais, avec des arguments définitifs, ma façon de penser. Je lui dirais que je ne prenais pas les dossiers payants, que s’il m’avait informé que ce dossier était payant je ne l’aurais pas commandé, que j’avais été mis devant le fait accompli et que moi non plus je n’avais jamais précisé que mes devis étaient gratuits. Je lui dirais, je lui dirais, je lui dirais. Il ne m’a jamais appelé. Evidemment, mais c’était prévu, je n’ai pas eu la commande. De plus, ce maître d’œuvre ne m’a plus jamais rien proposé. On se soumet ou on se démet.

       J’ai eu cette discussion avec un autre maître d’œuvre et, miracle, il a admis mon point de vue. Par la suite, ses avis de consultation précisaient que les dossiers étaient délivrés gratuitement par l’imprimeur et que seule l’entreprise adjudicataire devrait s’acquitter, auprès de cet imprimeur, du coût de l’ensemble des dossiers retirés par toutes les entreprises pour le corps d’état concerné. C’est mieux. Pas parfait mais mieux. Par contre, c’est d’un compliqué : pour inclure le vrai coût dans mon devis, je dois connaître le prix unitaire du dossier ainsi que le nombre de dossiers commandés. Et comme, avec cette formule, c’est en fin de compte bien le maître d’ouvrage qui paie, ne serait-il pas plus simple qu’il s’acquitte lui-même de la facture auprès de l’imprimeur ?

       Quelquefois, à la demande du client, l’architecte est amené à modifier les plans en cours de chantier : déplacer une cloison par exemple. Il dessine donc de nouveaux plans prenant en compte la modification, nouveaux plans que nous devons nous procurer auprès de l’imprimeur, moyennant paiement des frais de reprographie. Ben voyons !

       J’ai souvent l’impression de radoter lorsque j’aborde ce sujet avec d’autres intervenants de la construction. Plus exactement je sens, dans les réactions de mon interlocuteur, qu’il pense que je radote. C’est usant. Même nos organisations professionnelles paraissent inopérantes sur cette question. Je recopie ci-dessous le fax que j’ai adressé, voici quelques années, à l’organisation syndicale dont je suis adhérent :

 

Bonjour,

 

Je viens vous soumettre un problème qui me tient à cœur, celui des dossiers payants d’appel d’offres.

Je trouve aberrant de devoir acheter un dossier juste pour avoir le droit de faire un devis qui, lui, est gratuit.

Cette pratique est courante pour les opérations privées. Personnellement, je boycotte très souvent ces demandes mais suis bien obligé d’y céder quelquefois pour trouver du travail pour mon entreprise. Les montants demandés varient de quelques euros à des sommes exorbitantes.

Les appels d’offres publics échappaient à cette procédure et exigeaient un chèque caution qui était restitué aux entreprises ayant présenté une offre. Cela je peux l’admettre.

Depuis quelques années, ce chèque caution n’est plus demandé, ce qui est encore mieux.

Mais maintenant, on trouve des appels d’offres publics où on vous demande de régler les frais de reprographie. Encore un cas dans Ouest-France d’aujourd’hui pour une opération à C…… dont le dossier vaut 25 €.

Parfois, la somme demandée correspond aux frais d’envoi du dossier. Admettons.

Trouvez-vous normale cette pratique ?

Ne serait-il pas possible de donner la consigne à tous les adhérents de l’organisation, soit de boycotter ces appels d’offres, soit de facturer les devis ?

Une fois, j’ai envoyé mon devis à l’architecte en y joignant une facture de devis du même montant que le prix du dossier. Evidemment, je n’ai obtenu ni le marché ni le règlement de cette facture. Cet architecte ne m’a plus jamais proposé de dossier.

Je ne veux pas me battre seul contre cette pratique. C’est pourquoi je m’adresse à vous en espérant que je ne suis pas le seul à réagir ainsi et persuadé qu’avec votre appui nous pourrions faire changer les choses.

Merci de m’informer de votre position sur ce sujet.

Salutations distinguées.

 

Signature

 

       La réponse, que je transcris in extenso ci-dessous, me fait bien comprendre que je radote. Voyez plutôt :

 

Monsieur,

 

Votre fax relatif à la facturation des dossiers de soumission aux marchés publics a retenu mon attention.

Il s’agit d’une question ancienne et tranchée désormais par des dispositions législatives.

En effet, l’article 41 du Code de Marchés Publics dispose que les pièces nécessaires à la consultation des candidats à un marché leur sont remises gratuitement. Néanmoins la loi autorise la personne responsable du marché à faire payer les frais de reprographie, ce qui peut paraître normal compte tenu de la masse souvent volumineuse de ces documents et du nombre de pétitionnaires potentiels.

Le Code des Marchés de 2001 prévoyait déjà, pour les collectivités locales un système de caution qui a été abandonné, ce à quoi vous faites allusion.

Ainsi, contester la facturation d’une reprographie reviendrait à aller contre la loi et une action de boycott n’aurait aucun sens tant d’un point de vue juridique qu’économique.

Enfin, en ce qui concerne la gratuité des devis d’artisans, celle-ci n’est pas imposée. Vous pouvez faire payer vos devis (à certaines conditions et en prévenant avant de les établir) mais il va de soi qu’au bout se profile une « sanction » que vous avez d’ailleurs décrite.

Il ne semble pas que votre bataille soit complètement opportune, en tous les cas, il m’apparaît que votre angle d’attaque n’est pas le plus propice au résultat que vous désireriez obtenir.

Peut-être y a-t-il d’autres formes d’action (la discussion avec le législateur notamment, les organisations professionnelles y participent,…).

Espérant vous avoir éclairé, je vous prie d’agréer mes meilleures salutations.

 

Pour le service juridique

Signature

 

Bon, je radote.

Allez ! Je change de sujet. Je vais radoter sur autre chose.

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Gwenn 22/07/2010 18:18


Hâte au prochain radotage !